25. November 2013
Père Jean-Jacques Pérennès, Directeur de l'IDEO, sur les évènements récents en Égypte


Quelques enjeux de l'évolution de l'Égypte

Depuis deux ans, l'Égypte fait la une des médias internationaux: une première fois en janvier-février 2011 avec la chute du régime de Hosni Moubarak; une seconde fois en juin/juillet 2013 avec la destitution de Mohamed Morsi et le rejet du régime islamiste des Frères musulmans. Il s'agit d'une transformation politique et sociale très profonde, dont les conséquences parfois dramatiques (victimes civiles de la répression de 2011, victimes islamistes de 2013, attentats contre les coptes, incendies d'églises, etc.) empêchent parfois de faire une véritable analyse des processus en cours. À mes yeux, quelque chose de décisif se joue en Égypte depuis deux ans: privés de toute possibilité de débat politique par plus de quarante ans de régime autoritaire, les Égyptiens découvrent la liberté et tentent d'accéder, en payant le prix, à une citoyenneté qui leur était jusque là refusée. Il importe de garder présent à l'esprit cet horizon, si l'on veut comprendre le sens profond des transformations en cours. Au-delà des drames du moment, le pays est peut-être en train de donner naissance à quelque chose de positif, qui pourrait faire évoluer dans un sens favorable l'ensemble du Moyen-Orient.

I- Rappel des grandes étapes politiques récentes

Deux grandes étapes marquent le changement en cours: la Révolution de Tahrir (janvier/février 2011) et le rejet d'un régime islamiste (été 2013).

- La Révolution de Tahrir

Elle fait partie de ce qu'il est convenu d'appeler le «printemps arabe», un processus politique de fond, commencé en Tunisie, et qui a affecté plusieurs pays du monde arabe, du Maroc à Bahreïn, avec des changements de régime en Tunisie, en Égypte, au Yémen, et un souffle général de contestation qui a obligé d'autres pays à des évolutions internes (Maroc, Jordanie). Le cas syrien est à part, relevant d'abord du conflit chiites/sunnites qui traverse le monde musulman. C'est aussi le ressort principal des conflits internes à l'Irak.

Hosni Moubarak semblait solidement installé au pouvoir, avec l'appui de nombreux pays occidentaux qui voyaient dans son régime un rempart contre la diffusion de l'islamisme. Âgé, au pouvoir depuis 30 ans, il se préparait à installer son fils Gamal pour lui succéder lorsque la rue a balayé son régime en seulement 18 jours. Deux facteurs au moins expliquent cette chute spectaculaire:

  • L'usure d'un système politique mis en place en 1954 sous Nasser et qui avait peu à peu viré à l'autoritarisme : régime de parti unique, existence d'un puissant appareil policier pour contrôler les revendications de la population, accroissement scandaleux des inégalités sociales. Porté au pouvoir par une idéologie politique forte, le nationalisme nassérien, ce régime s'est usé et n'a pu se maintenir si longtemps qu'en ayant de plus en plus recours à la répression et à la corruption.
  • Dans le même temps, l'Égypte est devenue une société mondialisée : Internet et les chaînes satellitaires sont entrés dans tous les foyers. La jeunesse (60% de la population a moins de 20 ans) a été particulièrement affectée par cette transformation culturelle des modes de consommation et du rapport à l'autorité. Cette jeunesse mondialisée a joué un rôle majeur dans la contestation de Tahrir où le mot d'ordre dominant était «Moubarak, dégage». À la surprise de tout le monde et malgré une répression policière féroce qui a fait un millier de morts, le régime est tombé.

L'armée égyptienne a indiqué très tôt qu'elle ne tirerait pas contre les enfants du peuple égyptien et est apparue rapidement contre la seule institution solide, incontestée, capable de gérer la transition politique. Le pouvoir de Moubarak a donc été remis à un Conseil supérieur des forces armées (CSFA), qui va gérer la transition politique de février 2011, date de la chute de Moubarak, à la remise du pouvoir aux civils le 30 juin 2012. Ce CSFA a du gérer plusieurs dossiers difficiles:

  • La refonte de la Constitution. Transformée par Moubarak pour garantir l'élection de son fils, la Constitution égyptienne devait être transformée pour rendre possible une élection ouverte et pluraliste. Après quelques hésitations, la décision a été prise de ne faire qu'une modification provisoire (changement de quelques articles et non réécriture complète). Ce choix va coûter cher dans la suite. Un référendum populaire a approuvé les modifications techniques proposées sans régler les questions de fond.
  • La préparation d'élections législatives, libres et pluralistes. Pour cela, il a d'abord fallu permettre au mouvement des Frères musulmans de se constituer en parti politique officiellement reconnu, ce qui leur était interdit jusque-là. Leur parti Liberté et Justice, et celui des salafistes, le parti El Nour vont être les grands vainqueurs des élections législatives de décembre 2011/janvier 2012 qui portent au parlement une écrasante majorité islamiste: 75% des sièges. Dans un pays fortement religieux comme l'Égypte et marqué par 30 ans de propagande de l'islam politique promettant que «l'islam est la solution», ce score montre aussi la faiblesse du camp libéral, trop désuni. 
  • L'étape suivante a été l'élection présidentielle qui a porté au pouvoir en juin 2012 Mohamed Morsi, candidat du parti des Frères musulmans, au terme d'une campagne très controversée. Il remporte l'élection de justesse devant un ancien du régime Moubarak, Ahmed Chafik, laissant un pays très divisé en deux camps.

Au terme de 15 mois au pouvoir, les militaires égyptiens sont en mesure de remettre le pouvoir aux civils. La passation a lieu le 30 juin 2012, laissant espérer une nouvelle ère pour l'Égypte. La tâche à accomplir était immense. Le monde des affaires n'aimant pas l'instabilité, les entreprises étrangères ont, entre temps, cessé d'investir en Égypte (l'investissement direct étranger passe de 12 milliards de $ par à moins de 2 milliards); le tourisme s'effondre, lui qui est un gros pourvoyeur d'emploi, spécialement en Haute-Égypte et sur la Mer rouge. Les Égyptiens prennent goût à la liberté, multiplient les grèves et les revendications sociales.

L'Acte II de la Révolution égyptienne

C'est celui qui se déroule depuis le 30 juin 2013. Ce jour-là, une manifestation nationale d'ampleur inédite (on a parlé de 17 millions de manifestants) conduit à la destitution du président Morsi, annoncée par le ministre de la défense, le général al-Sissi, en compagnie du Grand Imam Dr Ahmed al-Tayyeb, du Pape copte-orthodoxe Tawadros II, du représentant des partis d'opposition aux islamistes Ahmed el Baradei et du représentant des salafistes. Bref un très large front manifeste son désir d'en finir avec le régime des Frères musulmans, au pouvoir depuis un an. Que s'est-il passé ? L'opinion occidentale dénonce quasi unanimement ce qu'elle considère comme «un coup d'État militaire contre un président démocratiquement élu». À l'exception des partisans des Frères musulmans, la rue égyptienne, elle, considère qu'il s'agit d'un coup d'État populaire et soutient massivement la répression qui est alors lancée contre les Frères musulmans. Comment comprendre le décalage entre la perception occidentale et celle des Égyptiens ? 

  • Il s'agit d'un processus populaire. La destitution de Mohamed Morsi a été le résultat d'un immense mouvement populaire de protestation qui a mobilisé des millions d'Égyptiens, toutes classes d'âge, de confession et de statut social confondus. Cette mobilisation a été beaucoup plus large que celle qui avait renversé Moubarak deux ans et demi plus tôt et conduit à penser qu'une grande majorité de musulmans égyptiens a compris, au bout seulement d'un an, qu'il fallait en finir avec l'islamisme politique. Ceci est une très bonne nouvelle si elle annonce un coup de frein sinon un coût d'arrêt à l'islam politique qui empoisonne le destin du Moyen-Orient depuis des décennies. L'armée égyptienne a été l'instrument de cette transition et il est douteux qu'elle veuille rester aux affaires, car elle en a déjà fait l'amère expérience entre février 2011 et juin 2012. Elle est soucieuse, certes, de garder ses privilèges, mais il est indéniable que le peuple égyptien soutient massivement la lutte en cours contre l'extrémisme des Frères musulmans. 
  • Les Frères musulmans sont démasqués. Profitant de l'ouverture démocratique du printemps 2011, les Frères musulmans égyptiens ont accédé au pouvoir en tentant de rassurer tout le monde sur leurs intentions. «Non, ils n'accapareraient pas le pouvoir, les coptes seraient considérés comme des citoyens à part entière, etc.» Aujourd'hui, on y voit plus clair. Mohamed Morsi s'est comporté de manière sectaire : non comme le président de tous les Égyptiens mais comme la courroie de transmission de la Confrérie des Frères musulmans devenue, sous des apparences d'une démocratie formelle, le véritable centre du pouvoir politique. Cela les Égyptiens l'ont vite compris, à commencer par beaucoup de ceux qui avaient voté pour eux, convaincus que, guidés par l'islam, ils allaient véritablement servir le bien commun du pays. En réalité, ils ont surtout travaillé à s'installer au pouvoir, usant de toutes les méthodes pour s'assurer des postes, et n'ont offert à une population dont 40% est en dessous du seuil de pauvreté qu'un discours politico-religieux là où elle attendait du travail, des hôpitaux décents, des écoles qui fonctionnent, plus de justice sociale. Un an de pouvoir a suffi pour décrédibiliser les Frères musulmans aux yeux de la grande majorité des Égyptiens.
  • La lourde responsabilité des dirigeants des Frères musulmans. La répression en cours contre les Frères musulmans égyptiens a fait un millier de morts, mais les islamistes ont une grande part de responsabilité dans ce drame car, au moment de la destitution de Mohamed Morsi, les dirigeants de la Confrérie ont appelé leurs partisans à «résister jusqu'au martyre». Immense responsabilité lorsqu'on sait les résonances de cette formule dans l'inconscient musulman (djihad, paradis promis, etc.) Le pouvoir intérimaire leur a, pourtant, proposé de revenir dans le jeu politique où il est légitime qu'ils aient une place car ils ont une vraie base populaire; des tentatives de médiation ont été menées par l'Union européenne et les Américains. Tout cela n'a servi à rien: leur logique jusqu'au-boutiste a conduit aux drames de ces derniers jours où ceux qui meurent sont les militants de base et non les dirigeants de la Confrérie dont la responsabilité est grande dans le bain de sang qui a suivi.

L'Occident -presse et responsables politiques confondus- porte une grave responsabilité en se contentant de condamner unilatéralement cette répression, alors que tout le monde s'est tu lorsque Mohamed Morsi s'est arrogé les pleins pouvoirs, a fait passer en force une Constitution destinée à jeter les bases d'un État islamique au terme d'une mascarade d'assemblée constituante que les Frères musulmans s'étaient employés à verrouiller. On parle aujourd'hui de couper les vivres à l'Égypte, ce qui ne ferait que la plonger un peu plus dans la misère et dans les bras des extrémistes.

L'urgence est maintenant de relancer le processus politique. Le pouvoir intérimaire a déjà entrepris une révision de la Constitution que Mohamed Morsi avait fait passer sans débat suffisant. Il prévoit d'organiser dès que possible des élections législatives et présidentielles. C'est là le meilleur chemin pour un retour aussi rapide que possible à un fonctionnement normal des institutions, qui verrait les militaires rentrer dans leurs casernes et les politiques reprendre les pleins pouvoirs. Ceci ne sera pas simple: les risques d'un retour des moubarakistes ne sont pas nuls; les «libéraux» égyptiens sont encore trop divisés; les jeunes révolutionnaires de Tahrir trop idéalistes. Cet accouchement d'une démocratie égyptienne prendra des années. Il faut donner du temps à ce pays pour y arriver, l'accompagner et le soutenir dans cette conquête.

Pour l'heure, les blessures et le ressentiment sont profonds aussi bien chez les Frères musulmans que chez les coptes. Il faudra beaucoup de temps à la société égyptienne pour panser ces plaies, mais l'Égypte a l'avantage sur plusieurs autres pays du Moyen-Orient (Irak, Liban, Syrie) d'être un pays homogène sans fracture régionale ou ethnico-religieuse. Elle n'est pas née du découpage de la région après la chute de l'empire ottoman et cela constitue aujourd'hui un atout très précieux.

II- Les rapports chrétiens-musulmans

La communauté des chrétiens d'Égypte est la plus nombreuse du Moyen-Orient: environ 7 millions de fidèles, soit un peu mois de 10% de la population. La majorité des chrétiens d'Égypte appartient à l'Église copte-orthodoxe, une Église nationale présente depuis les débuts du christianisme. Les chrétiens égyptiens sont légitimement fiers d'appartenir à une Église qui remonte au temps des Apôtres, qui a donné naissance au monachisme (saint Antoine le grand et saint Pacôme) et s'est illustrée par de grands théologiens comme Cyrille d'Alexandrie et Clément d'Alexandrie. La communauté catholique ne compte que 250 000 fidèles, environ, mais a une action éducative et sociale impressionnante à travers un réseau d'écoles, de dispensaires et de centres pour les pauvres et les handicapés.

Dans leur colère d'avoir perdu le pouvoir, les islamistes se sont récemment déchaînés contre les chrétiens, incendiant plus de cinquante églises, brûlant de nombreux magasins et maisons appartenant à des chrétiens. C'est là le résultat d'un discours de haine tenu depuis des années par des prédicateurs musulmans extrémistes. Cela ne représente pas du tout le sentiment dominant des musulmans égyptiens qui ont réprouvé ces excès, et, parfois, se sont interposés pour sauver des lieux de culte.

Il reste que ce récent épisode de violence a contribué à accroître un sentiment de peur au sein de la communauté chrétienne qui souffre depuis longtemps d'une véritable discrimination: difficulté d'accéder aux emplois de haut niveau dans l'administration publique, agacement devant l'islamisation du quotidien sous l'influence de la propagande des pays du Golfe, tracasseries administratives pour construire ou même réparer un lieu de culte chrétien. L'accession au pouvoir des Frères musulmans leur faisait craindre la mise en place d'un État islamique où leur place serait encore plus difficile. Ils ont donc massivement soutenu la destitution de Mohamed Morsi, ce que les Frères leur ont ensuite fait payer par les violences récentes.

Ce pic dramatique ne doit pas faire oublier que pendant des siècles, chrétiens et musulmans ont vécu ensemble en Égypte, fréquentant les mêmes écoles, habitant les mêmes immeubles, vivant dans les mêmes quartiers. On peut penser que la majorité des musulmans égyptiens reste favorable à cette coexistence pacifique, qui était gravement menacée par l'arrivée au pouvoir d'un régime islamiste. L'islam égyptien était jusqu'à il y a peu d'années un islam modéré, où les confréries et le soufisme avaient une grande place. L'actuel grand Imam est lui-même issu de ce milieu. En cela, les Frères musulmans représentaient une rupture par rapport au positionnement traditionnel de l'islam égyptien.

L'Occident dans son souci de soutenir les chrétiens d'Orient a parfois une vision trop manichéenne de la relation chrétiens-musulmans. Dramatiser à l'excès le sort des chrétiens ne les aide pas vraiment à s'impliquer dans la transformation politique en cours, qui pourrait leur ouvrir un accès renouvelé à la citoyenneté. Plutôt que de les encourager à émigrer, mieux vaut soutenir leurs œuvres sociales où un travail magnifique est réalisé. Dans leurs écoles, les enfants -chrétiens et musulmans- apprennent non seulement des matières scolaires; ils et elles apprennent à vivre ensemble, à ne pas avoir peur les uns des autres, à travailler ensemble à des projets utiles pour le pays.

Cette vision positive a aussi l'intérêt d'encourager les musulmans qui sont attachés à une Égypte plurielle, tolérante, respectueuse des diversités culturelles et religieuses. C'est le sens d'une initiative récente d'al-Azhar, l'autorité suprême de l'islam sunnite égyptien, qui a créé une Maison de la famille égyptienne, où toutes les composantes de la société égyptienne peuvent se rencontrer et échanger sur les grands défis du pays. Il reste qu'il serait important que les autorités de l'islam dénoncent régulièrement la propagande haineuse et intolérante de certains prédicateurs extrémistes qui profitent du bas niveau culturel des milieux populaires pour les influencer dans un sens radical.

II- Quelles chances pour le dialogue ?

Il est illusoire de parler de dialogue inter-religieux quand un minimum de respect mutuel n'est pas garanti. Les opinions publiques sont largement manipulées aussi bien chez les chrétiens que chez les musulmans. Les chrétiens tombent dans la victimisation et les musulmans dans la bonne conscience, au lieu de regarder ensemble concrètement à quelques conditions un meilleur vivre ensemble serait possible.

  • Il serait urgent de commencer par revoir les manuels scolaires qui donnent souvent une vision déformée de l'histoire, insistant jusqu'à l'excès sur les croisades, le colonialisme de l'Occident chrétien, et passant sous silence les souffrances infligées aux minorités religieuses. 
  • Avant de parler de dialogue, commençons par assurer les mêmes droits à tous les citoyens: droits à l'éducation, à un travail, à un logement décent, à des soins, etc. La frontière ne passe pas ici entre chrétiens et musulmans, mais entre la masse des pauvres et la minorité de privilégiés. 
  • Il convient de travailler à laisser la religion à la sphère privée, au lieu d'en faire un enjeu de pouvoir politique. Or, en Orient, la religion a une grande place dans les consciences et constitue un puissant levier de manipulation des consciences.

Les deux années écoulées ont accru les préventions, les préjugés et les peurs réciproques entre chrétiens et musulmans. Elles ont aussi donné à voir de beaux exemples de solidarité, les chrétiens et les musulmans se protégeant parfois mutuellement dans certaines manifestations. Tout doit être fait pour favoriser le vivre ensemble et lutter contre la peur de l'autre, ou pire encore la haine de l'autre.

IV- L'Institut Dominicain d’Etudes Orientales (IDEO)

Les Dominicains prennent modestement leur part dans cet effort pour vivre ensemble. Présents en Égypte depuis 1930, ils animent un Institut dominicain d'études orientales (IDEO) créé à la demande du saint Siège en 1953 pour promouvoir «une meilleure connaissance de l'islam par sa culture, en dehors de tout prosélytisme». Grâce à une équipe de chercheurs arabisants spécialisés dans divers domaines de la culture musulmane, grâce à une très belle bibliothèque d'études islamiques (155 000 ouvrages), par le moyen d'une revue scientifique et diverses initiatives de rencontres, ils s'efforcent patiemment de mieux connaître et de faire connaître un islam méconnu par ceux qui restent dominés par leurs peurs et leurs préjugés. Il faut du temps pour rétablir la confiance, pour se connaître en vérité et bâtir une amitié assez solide pour permettre d'affronter ensemble et de manière paisible les blessures laissées par l'histoire ancienne et récente.

Aimer rencontrer l'autre, vouloir le connaître en respectant son altérité, apprendre à bâtir, à rire et à pleurer ensemble requiert du temps, de la patience, beaucoup de charité. Les chrétiens sont et resteront une minorité au Moyen-Orient. Ce statut est peut-être ce que Dieu leur a réservé pour faire prévaloir le pardon sur la force, l'amour sur la haine, la réconciliation sur la confrontation.

En conclusion:

Il est essentiel de chercher à avoir un regard objectif et apaisant sur la transition politique qui se passe en Égypte. Cette transition a ouvert la porte à plus de liberté, à la possibilité d'exister davantage comme citoyen. Elle a aussi amené une grande majorité d'Égyptiens -musulmans compris- à rejeter la mise en place d'un État islamique où les chrétiens n'auraient pas leur place. Il faut faire confiance aux Égyptiens, les soutenir, les accompagner avec amitié et ne pas juger trop vite de l’extérieur. Si cette transition réussissait, ce serait décisif pour l'ensemble de la région qui regarde ce pays avec beaucoup d'intérêt. Le Moyen-Orient vit depuis 30 ans dominé par l'idéologie de l'islam politique. Pour la première fois, un grand pays à majorité musulmane s'est prononcé pour un État civil non théocratique. Il faut soutenir cette transition, qui sera longue, probablement douloureuse, mais l’enjeu en vaut la peine.

Jean Jacques Pérennès

Dominicain, Le Caire

Sa personne - en bref:

(source: www.ideo-cairo.org)
Jean-Jacques Pérennès, dominicain, est né en 1949 en France. Pendant de longues années, il a vécu en Algérie et en Égypte, où il est directeur de l'IDEO (Institut dominicain d‘Études Orientales) au Caire. Ses champs d’étude ont porté successivement sur l’économie du développement, le dialogue interreligieux et l’histoire de l’Ordre dominicain dans le monde musulman. Après quinze ans d’enseignement de l’économie du développement à l’Université d’Alger (1978-1985), puis à l’Université catholique de Lyon et l’Institut d’études politiques de Lyon (1985-1992), il a été assistant du Maître de l’Ordre des Dominicains à Rome de 1992 à 1998. Au Caire depuis mai 2000, il a été successivement prieur du couvent, secrétaire général puis directeur de l’Idéo. De 2002 à 2010, Jean-Jacques Pérennès a également exercé la charge de Vicaire provincial pour les communautés dominicaines du monde arabe. 

 

 


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Prof. Dr. Harald Suermann, Directeur du MWI
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